samedi, 05 mai 2007

REMISSION

Je reviens "sonné" de mon rendez-vous médical d'hier.

Alors qu'il y a deux mois, un mois, le regard prometteur du praticien devant la radiographie était à l'encouragement, à l'enthousiasme,

voire à l'incertitude, aujourd'hui, devant mon insistance à obtenir détails et précisions sur le traitement prescrit, sur les délais d'améli-

oration, le medecin a eu cette remarque assassine:

Je lui demandais si j'étais en quelque sorte 'en rémission'.

- Oui, en quelque sorte, répond ce dernier en remplissant ordonnance et pages du dossier. Votre cancer est considéré 'incurable'.

On ne vous l'avait pas dit ?

- (moi) : --- ??? !! ----

- (lui) :en somme, il a été diagnostiqué trop tard; c'est impossible de l'éradiquer totalement; nous ferons des pauses dans le traitement.

Puis nous reprendrons.

Puis, cancer et Vih, il n'existe pas d'étude dont les conclusions soient certaines à ce jour: mais le Vih est propice au développement

d'un cancer, notamment celui du poumon. C'est tout ce que je peux vous dire;

- un délai 'moyen' ??

- non, ça je ne m'autorise pas à donner un tel délai : ça dépend du malade, du traitement etc...

Puis, il me raccompagne vers l'assisstante-infirmière pour le rendez-vous de chimio ...

 

 

 

 

 

 

Et si l'incurable était le manque d'amour de notre société ? L'incompétence et l'inaptitude des médecins à jauger leurs décisions

et interventions ? à etre franc, clair, et diponible, dès le début de la cure ? à maintenir un même langage contre vents et marées ?

Le 'on ne sait pas' du début se transforme un après-midi de mai ,en un 'on n'y peut rien' contrit ou déguisé.

Et si l'incurable était la froideur dogmatique des 'scientifiques' mal lunés ou pressés ? la lenteur technocratique des hopitaux ?

Le manque de moyens, de temps ? L'indifférence qui vous liste dans une suite de noms pour ' la chimio du lundi ' ou celle du mercre

di ? L'impossibilité d'échapper à la fatalité d'etre devenu le jouet des lobbies pharmaceutiques, la proie des ambulanciers et autres

vautours qui vous assissteront jusqu'à la dernière heure, quand la maladie aura 'pour finir' raison de vos forces, de votre espérance ?

Hier, ni le soleil, ni le sourire (jaune ou gêné) de l'infirmière, n'ont su me redonner confiance en sortant de l'entretien.

Et si mon sort était de continuer à jouer avec l'élastique intemporel de mes forces, du Destin qui ne dit pas son nom, de la contin-

gence ou de la performance des traitements ?

comme tout le monde et comme si de rien n'était ?

 

 

Grégory, tu as lutté un peu plus de vingt années contre la mucoviscidose, vingt années données par qui , pour quoi ?, pour t'endormir il

y a peu.

Et moi qui affronte le VIH, la déprime,depuis quinze ans, vingt ans, et plus, comment saurai-je rajouter quelques années à mon compte

de vie ? et dans quelles conditions ?

PS : le toubib s'en va terminer ses performances pendant deux années aux USA , d'ou' il rentrera probablement pour une carrière de

chef dans un grand hopital parisien ou d'ailleurs. Il m'a 'confié' pour ce laps , à une 'confrère' ou une 'supérieure'.

Have a good time Johnny !

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